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par FARAH LOUIZA




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 L’antilope se pavane sur cette terre aride, tapée d’un soleil sec, brûlant, et se languit désormais de sa fuite initiale. En quête d’un nouveau chemin qui la mènerait quelque part, sa volonté se tarrit à mesure qu’elle enfile ses pas, elle ne désire plus que l’apaisement d’avoir trouvé, d’avoir enfin atteint le point du repos absolu. Elle a tant couru, d’une allure si vive, afin de transpercer le cocon qui la tenaillait, la restreignait, mais toute cette distance parcourue mène à une impasse. La négation de l’ordre par la fuite abandonne l’être à sa propre direction, car maintenant c’est à lui de diriger sa marche et d’orienter le sens de sa route. Cette espèce de petit koudou est dotée d’une telle aptitude à la course que sa survie en est assurée dans ces lieux asséchés et hostiles à la libre circulation des corps; les prédateurs sont féroces et la loi du corps est intransigeante. Ce jeune mâle s’est exclu de la vie en groupe afin de parcourir librement les vastes terres qui s’étalent sous ses effusions et nourrissent ses besoins quotidiens, lui offrant la vaste étendue dont il recherche la douce compagnie.
 Aussitôt qu’il eut l’âge de se mettre en marche lui-même, d’entretenir sa route sans l’intervention de quelque groupe restreint, il amorça son mouvement seul et détala dans les plaines aussi vite qu’il le put, sans se soucier de semer le troupeau, de perdre la trace collective. Il s’est engagé lui-même à se perdre, à s’éloigner pour mieux se retrouver, mais sa traversée n’est plus qu’un mouvement arbitraire, ses gestes s’avèrent comme de simples actions superposées qui comblent la durée. Y a-t-il un but supérieur, une réelle profondeur à explorer les multiples chemins ou bien ne lui reste-t-il plus qu’à vagabonder sur ces terres imprenables, à s’enfoncer indéfiniment dans ce paysage immense sans autre nécessité que d'y survivre?

 Par moment, il se balade à la limite des falaises qui coupent la terre, des irrégularités abruptes qui creusent la platitude du chemin et il contourne judicieusement ces arêtes. D’autres fois, il traîne le pas au ras d’un précipice, attiré comme un aimant à sa propre peur. Le magnétisme de ses angoisses leurre sa passion, le désir de négation paraît plus fort que ce que la vie peut lui offrir. Il se plaît à flâner autour du vide qu’il surplombe d’un oeil curieux; perché au-delà des tréfonds, il les survole obsessionnellement du regard. Pour voir la pointe de ce creux, il faudrait maintenant y plonger le corps, que le choc de la limite soit réel afin d’en mesurer la profondeur et l’impact final. Pour l’instant, il n’y enfouit que le regard, il y voit sa possibilité ou son impossibilité d’être. Au bord des démarcations, il nargue son vertige, excite la réactivité du corps, mais se retient d'y jeter tout son espoir et retourne docilement à l’allure profane de ses pas sur la terre ferme. Il prolonge sa route pour finalement se poser au sommet d’une colline. Il replie ses fines pattes sur le sol, fixe ses yeux, ces énormes billes noires, sur la plaine silencieuse, pendant que l’astre dominant se résorbe par-delà la courbe visible.


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FARAH LOUIZA

louizamahdjoub@gmail.com

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